Groenland : Trump annonce une exploration pétrolière « massive », Nuuk dément et rappelle le moratoire de 2021

Non, aucune exploration pétrolière « massive » n’est sur le point de démarrer au Groenland : le gouvernement groenlandais a démenti dès le 14 octobre 2026 l’annonce faite le matin même par Donald Trump, et l’île n’accorde plus aucune nouvelle licence pétrolière ou gazière depuis juillet 2021. Le Danemark a ajouté que l’accord de sécurité signé en septembre ne donne aucun avantage aux investisseurs américains.

En bref
  • Mercredi 14 octobre, sur Truth Social, Donald Trump annonce une exploration « massive » de pétrole, de gaz et de minerais dans « notre nouveau et beau Groenland ».
  • Nuuk dément : il existe de petites explorations, mais on est « très loin » d’un chantier massif.
  • Depuis juillet 2021, le Groenland ne délivre plus aucune nouvelle licence d’exploration pétrolière et gazière.
  • Le seul projet pétrolier actif, à Jameson Land, ne forera pas cet hiver : les permis sont visés pour l’hiver 2027-2028.

Qu’a annoncé Donald Trump sur le Groenland ? #

Le président américain a publié tôt le mercredi 14 octobre 2026 un message sur son réseau Truth Social : « Une exploration massive de pétrole, de gaz et de minerais s’apprête à commencer dans notre nouveau et beau Groenland ! » Il y affirme, en citant des « experts », que la quantité de pétrole facilement accessible y serait bien supérieure à celle de presque n’importe quel autre territoire.

À lire Sophie Adenot de retour sur Terre : 235 jours dans l’espace, une mission record

Le message ne donne aucun détail : ni entreprise, ni calendrier, ni zone. Donald Trump y ajoute un argument militaire : toute attaque future contre les États-Unis « devra passer par le Groenland », territoire qui offre selon lui « du temps, une position et une ligne de vue » sans équivalent.

Que répondent le Groenland et le Danemark ? #

Le démenti est venu le jour même. Jørgen Hammeken-Holm, vice-ministre groenlandais chargé des ressources minérales, a déclaré à CNN que des entreprises américaines sont bien actives sur l’île, mais que l’on est « très loin » d’une exploration massive : « Il y a beaucoup de petites explorations en cours, mais elles pourraient mettre des années à devenir opérationnelles. »

Copenhague a recadré sur le terrain juridique. Le ministère danois des Affaires étrangères rappelle que toute exploration américaine doit respecter le droit groenlandais et que l’accord de septembre « n’accorde aux investisseurs des États-Unis aucun traitement préférentiel » par rapport à ceux des autres pays de l’OTAN et de l’Union européenne.

Forbes Breaking News (YouTube) : le Groenland dément l’annonce de Donald Trump — 20 000 vues au 16/10/2026

Le Groenland interdit-il la recherche de pétrole ? #

Pas totalement, et c’est la nuance que la plupart des réactions oublient. En juillet 2021, le gouvernement groenlandais (Naalakkersuisut), dirigé par Múte B. Egede, a décidé de ne plus délivrer de nouvelles licences d’exploration pétrolière et gazière. La ministre des Ressources de l’époque, Naaja Nathanielsen, invoquait le climat, la protection de la pêche et du tourisme, ainsi qu’un coût jugé trop élevé.

À lire Sous-marin nucléaire Khabarovsk : pourquoi la Russie et ses torpilles Poséidon reviennent dans l’actualité

Cette décision n’a pas annulé les licences déjà accordées. Elles continuent de courir selon leurs conditions d’origine. Une « exploration massive » supposerait donc soit de revenir sur le moratoire, ce qui relève du seul gouvernement groenlandais, soit de s’appuyer sur les rares licences antérieures encore actives.

Jameson Land : le seul projet pétrolier en cours, et il est retardé #

Le projet le plus avancé se situe à Nunap Qeqqa, plus connu sous le nom de Jameson Land, dans l’est de l’île, près du village d’Ittoqqortoormiit (environ 300 habitants). Les licences sont détenues par White Flame Energy, filiale du groupe 80 Mile, associée à l’américaine Greenland Energy.

Étape Date
Moratoire sur les nouvelles licences Juillet 2021
Greenland Energy annonce deux premiers puits pour 2026 27 avril 2026
Nuuk exclut tout forage à l’hiver 2026-2027 12 août 2026
Nouvel objectif d’obtention des permis Hiver 2027-2028
Fin de la phase d’exploration des licences 31 décembre 2028

Le 12 août, le gouvernement a expliqué que la procédure administrative et les autorisations ne pouvaient pas être bouclées à temps, faute d’études environnementales et sociales suffisantes. Plusieurs médias spécialisés ont aussi rapporté un avertissement adressé à l’opérateur, qui avait débarqué du matériel sur le site fin juillet sans autorisation.

Que contient l’accord de septembre entre Washington, Copenhague et Nuuk ? #

L’accord de sécurité conclu en septembre 2026 élargit le rôle de l’armée américaine sur l’île, avec un large accès à l’espace aérien et au territoire, de nouvelles bases et le futur bouclier antimissile « Golden Dome ». Il réaffirme la souveraineté danoise et le droit des Groenlandais à l’autodétermination. Il mentionne une « coopération sur les minerais », mais ni le pétrole ni le gaz.

À lire Afrique du Sud : deux fusillades dans des bars font 27 morts à Johannesburg et près du Cap

Le détail de cet accord et la bataille de mots entre « souveraineté » et « contrôle » sont analysés dans cet article de NewsWire sur l’accord Trump–Danemark.

Et pour la France et l’Europe, qu’est-ce que ça change ? #

À court terme, rien de concret : aucun baril ne sortira du sol groenlandais avant plusieurs années, quels que soient les messages publiés à Washington. Les experts cités par la presse internationale rappellent que ces ressources arctiques sont coûteuses et difficiles à extraire, sur une île quasiment dépourvue d’infrastructures énergétiques.

L’enjeu est d’abord politique. Pour l’Union européenne, dont le Danemark est membre, la question est de savoir si les règles d’investissement fixées par Nuuk tiendront face à la pression américaine. La réponse danoise du 14 octobre va dans ce sens : pas de passe-droit pour Washington.

Questions fréquentes #

Le Groenland va-t-il produire du pétrole pour les États-Unis ?
Pas dans l’immédiat. Le gouvernement groenlandais dément tout projet massif, ne délivre plus de nouvelles licences depuis 2021, et le seul projet en cours, à Jameson Land, ne vise pas ses permis avant l’hiver 2027-2028.
Pourquoi le Groenland a-t-il arrêté les licences pétrolières en 2021 ?
Le gouvernement de Múte B. Egede a invoqué le climat, la protection de la nature, de la pêche et du tourisme, ainsi qu’un coût économique jugé trop élevé. Les licences existantes n’ont pas été annulées.
L’accord de septembre 2026 donne-t-il un avantage aux entreprises américaines ?
Non, selon le ministère danois des Affaires étrangères : il n’accorde aucun traitement préférentiel aux investisseurs américains par rapport à ceux des autres pays de l’OTAN et de l’UE.

À lire Sanctions contre la Russie : l’UE les renouvelle pour trois ans mais retire Ousmanov à la demande de la France

À retenir
  • Donald Trump annonce une exploration « massive » ; Nuuk répond qu’on en est « très loin ».
  • Aucune nouvelle licence pétrolière ou gazière n’est délivrée au Groenland depuis juillet 2021.
  • Le seul projet actif, à Jameson Land, ne forera pas avant l’hiver 2027-2028 au plus tôt.
  • L’accord de septembre ne mentionne ni pétrole ni gaz et ne donne aucun avantage aux investisseurs américains.

Sources : Al Jazeera, UPI, CNN, AFP via Connaissance des énergies, World Oil, La Libre, High North News.

Touch Actu est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : International

Nos recommandations : forfaits de référencement Google • développeur web freelance