Le Parlement européen a choisi un lauréat inhabituel pour son prix Sakharov 2026 : une institution plutôt qu’une personne. Jeudi 22 octobre, la présidente Roberta Metsola a annoncé dans l’hémicycle que la distinction revenait à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses hauts fonctionnaires. Ce choix intervient au moment où la juridiction de La Haye subit une pression sans précédent, en particulier de la part des États-Unis.
Plan de l'article
Un prix décerné collectivement à la Cour et à ses responsables #
Selon le communiqué officiel du Parlement européen, le prix « a été décerné collectivement à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses hauts fonctionnaires ». La formule a son importance : ce sont les juges, les procureurs et le personnel de la Cour, aujourd’hui visés à titre individuel par des mesures de rétorsion, que les eurodéputés ont voulu distinguer.
En annonçant le lauréat, Roberta Metsola a placé le choix sur le terrain des principes : « L’Union européenne repose sur le respect du multilatéralisme et des institutions internationales. »
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Deux autres finalistes, de Tanzanie et d’Iran #
La CPI l’a emporté face à deux autres finalistes désignés quelques jours plus tôt par les eurodéputés. D’après le communiqué annonçant les finalistes, la liste comprenait aussi Tundu Lissu, présenté comme « avocat victime de persécutions politiques, dirigeant politique et défenseur des droits humains » en Tanzanie, ainsi que Taraneh et Romina Rahimi, « au nom de toutes les personnes persécutées par le régime islamique iranien ».
Le choix final revenait à la Conférence des présidents du Parlement, qui a tranché jeudi 22 octobre, avant l’annonce faite en séance plénière aux alentours de midi.
Une Cour sous le feu des sanctions américaines #
Le contexte explique en grande partie ce choix. Dans leur communiqué, les eurodéputés disent leur « profonde inquiétude » face aux menaces et aux vagues de sanctions imposées à la Cour depuis 2025, notamment par les États-Unis, contre ses procureurs, ses juges, son personnel et ses partenaires. Ils y voient des atteintes graves au système de justice internationale et rappellent avoir demandé à plusieurs reprises à la Commission d’activer la « loi de blocage » européenne, qui vise à neutraliser sur le sol de l’Union les effets de sanctions extraterritoriales.
Comme le rapporte France 24, Washington a encore annoncé le 9 octobre de nouvelles sanctions contre la CPI, « visant à paralyser son fonctionnement quotidien », quelques heures après l’attribution du prix Nobel de la paix à l’ancienne juge Navi Pillay. Toujours selon France 24, les États-Unis ont déjà sanctionné treize responsables de l’institution.
Ce que disent la Cour et la Commission
La présidente de la CPI, Tomoko Akane, a évoqué devant ce climat des « défis sans précédent », selon la même source. Du côté de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen a estimé que la Cour « doit pouvoir mener à bien sa mission en toute indépendance ». Le Parlement souligne de son côté que le soutien financier de l’Union à la juridiction s’est poursuivi.
Un signal politique plus qu’un geste symbolique #
Le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit récompense chaque année des personnes ou des organisations qui défendent les droits humains et les libertés fondamentales. L’attribuer à une juridiction internationale revient à prendre position dans un bras de fer diplomatique. Pour l’Europe, il s’agit de montrer qu’elle reste attachée à un ordre fondé sur le droit, alors que l’un de ses principaux alliés s’en prend frontalement à l’institution chargée de juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide.
Le geste n’est pas sans risque. Distinguer la CPI peut être lu à Washington comme une critique directe de sa politique, au moment où les relations transatlantiques sont déjà tendues sur plusieurs dossiers. Les eurodéputés ont visiblement jugé que le silence aurait coûté plus cher. Le prix ne lève aucune sanction, mais il donne aux magistrats et au personnel de la Cour une reconnaissance publique de la part de l’une des grandes assemblées élues du monde.
La loi de blocage, prochain test
La suite se jouera moins dans l’hémicycle que dans les capitales et à la Commission. La demande répétée des députés d’activer la loi de blocage reste pour l’instant sans réponse concrète. Si elle était actionnée, les entreprises et les banques européennes pourraient se voir interdire d’appliquer les sanctions américaines visant la Cour, ce qui protégerait concrètement son fonctionnement quotidien : paiements, prestataires, comptes du personnel.
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Remise du prix à Strasbourg en décembre #
La cérémonie de remise du prix aura lieu le 16 décembre à Strasbourg, lors de la session plénière du Parlement, selon le communiqué consacré aux finalistes. Il faudra alors voir qui viendra recevoir la distinction au nom de la Cour, et si certains de ses responsables sanctionnés pourront faire le déplacement. D’ici là, le choix des eurodéputés devrait peser dans les débats sur la riposte européenne aux sanctions qui frappent la justice internationale.




