Onze mois après l’incendie qui a ravagé la résidence de Wang Fuk Court, à Tai Po, le gouvernement de Hong Kong a rendu public ce jeudi 29 octobre le rapport de la commission indépendante chargée de l’enquête. Ce document de plusieurs centaines de pages désigne en premier lieu les entreprises chargées des travaux. Mais il conclut aussi que quatre services de l’administration doivent porter une part de responsabilité dans l’un des incendies les plus meurtriers de l’histoire du territoire.
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Une version expurgée, dans l’attente des procès #
Le chef de l’exécutif, John Lee, avait reçu le rapport le 22 octobre. Selon le communiqué officiel du gouvernement, certaines parties ont été masquées après avis juridique, pour ne pas porter préjudice aux poursuites pénales en cours. La version intégrale ne sera publiée qu’une fois toutes les procédures judiciaires terminées. La commission, présidée par le juge David Lok, de la Haute Cour, a pris acte de ce choix dans un communiqué publié le même jour et a mis la version expurgée en ligne sur son site.
Ce rapport était attendu. Selon une dépêche de Bloomberg reprise par The Star le 21 octobre, sa remise avait été repoussée d’un mois, et sept personnes ainsi que deux sociétés ont déjà été inculpées, notamment pour homicide involontaire et pour complot en vue de frauder.
Un mégot, des filets inflammables et des alarmes coupées #
Le résumé du rapport de la commission retrace le drame. Le 26 novembre 2025, dans l’après-midi, le feu s’est déclaré sur un toit-terrasse d’un des huit immeubles de la résidence, alors en pleine rénovation. Tous les bâtiments étaient couverts d’échafaudages en bambou et de filets de protection. L’incendie a gagné six autres tours. Les opérations de lutte contre le feu ont duré environ 43 heures. Le bilan est de 168 morts, dont un pompier, et de 79 blessés.
Pour la commission, la cause la plus probable est une source incandescente, sans doute une cigarette, qui a enflammé des papiers abandonnés. Le rapport relève une série de fautes humaines : ouvriers qui fumaient sur le chantier et y laissaient s’accumuler les déchets, filets d’échafaudage non ignifugés, panneaux en mousse inflammables posés devant les fenêtres, ouvertures percées dans les cages d’escalier de secours. Surtout, les systèmes d’alarme incendie avaient été coupés dans les huit immeubles. Le jour du drame, aucune sirène n’a donc prévenu les habitants.
Les entreprises, principales coupables selon la commission
La commission réserve ses critiques les plus sévères à l’entreprise générale du chantier, au cabinet de conseil chargé des travaux et à l’inspecteur agréé qu’il avait engagé. Selon le rapport, ces acteurs connaissaient les risques d’incendie et ont ignoré les plaintes répétées des habitants. Ils auraient aussi fait intervenir des prête-noms pour donner l’apparence, sur le papier, d’un respect des règles. La commission estime qu’ils ont ainsi mis en danger la vie de tous les résidents, apparemment pour maximiser leurs gains. D’autres sociétés sont aussi mises en cause, dont la société de gestion de la résidence, qui avait laissé un employé non qualifié couper l’alimentation des alarmes.
Quatre services publics jugés en partie responsables #
C’est le volet le plus scruté à Hong Kong. La commission écrit qu’aucun service de l’État n’a réellement pris en charge les questions de sécurité incendie, et que les plaintes des habitants sur les dangers du chantier sont restées sans suite, comme tombées dans le vide. Elle vise d’abord le Département des bâtiments et l’unité de contrôle indépendante rattachée au secrétariat au Logement. Elle juge que ces deux entités, chargées de superviser les travaux, ont failli à leur mission, et que la seconde porte la plus grande part de responsabilité.
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Le service d’incendie est lui aussi critiqué pour n’avoir ni correctement évalué les risques du chantier, ni contrôlé l’arrêt des installations de sécurité. La commission salue pourtant le courage des pompiers et ne remet pas en cause les décisions prises sur le terrain par les commandants. Le Département du travail porte, selon elle, une responsabilité moindre. Aucune critique n’est retenue contre la police.
Le rapport résume ainsi le cœur du problème : les entreprises sans scrupules restent les principales coupables, mais si l’administration avait pris la mesure du danger et comblé les failles de la réglementation, les manquements du chantier auraient pu, selon la commission, être corrigés avant le drame.
Ententes sur les marchés et réforme demandée #
Au-delà de l’incendie, la commission décrit un secteur de la rénovation d’immeubles miné par les ententes illicites lors des appels d’offres. Selon elle, ces pratiques sont répandues, systématiques et anciennes. Elles impliquent entrepreneurs, consultants, gestionnaires, intermédiaires et parfois des copropriétaires, dont certains liés aux triades. Elle juge intolérable cet écosystème qu’elle qualifie de corrompu.
Ses recommandations vont de l’interdiction immédiate de certains matériaux et pratiques dangereux, dont le tabac sur les chantiers, à une réforme du régime d’inspection obligatoire des immeubles et à un meilleur traitement des plaintes. Elle propose aussi un comité de pilotage, dirigé à haut niveau, pour suivre la réforme dans la durée. Le drame a bouleversé 1 984 foyers en un seul après-midi, rappelle le rapport. Il revient désormais au gouvernement de John Lee de dire quelles suites il donnera à ces conclusions, notamment sur les responsabilités au sein de l’administration.
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