Longtemps connue comme l’un des grands centres de l’automobile en Europe, la Slovaquie s’impose désormais dans un tout autre secteur : la production de munitions. La demande née de la guerre en Ukraine et les nouveaux financements européens ont fait du pays un acteur clé du réarmement du continent, un mouvement remis en lumière ce 20 octobre par plusieurs médias.
Plan de l'article
Pourquoi la Slovaquie se retrouve au centre du jeu #
Comme le rappelle The Paris Times dans un article publié ce 20 octobre, la Slovaquie est devenue un pôle européen de production de munitions, porté par la demande liée à la guerre en Ukraine. Le groupe CSG, d’origine tchèque, y a étendu ses capacités et ses installations, au point de se présenter comme l’un des principaux fournisseurs du continent.
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Ce basculement s’appuie sur un héritage industriel. Le pays dispose d’une tradition ancienne dans l’armement, et d’une main-d’œuvre qualifiée formée par des décennies d’industrie lourde puis automobile. Quand l’Europe a pris conscience, après février 2022, de la faiblesse de ses stocks d’obus, ces savoir-faire sont redevenus stratégiques.
Un contrat-cadre hors norme #
Le signal le plus spectaculaire est venu fin 2025. Selon le média spécialisé Militarnyi, ZVS Holding a signé avec le ministère slovaque de la Défense un accord-cadre dont le volume maximal peut atteindre 58 milliards d’euros sur sept ans.
Le texte couvre des obus d’artillerie de 155 mm, des obus de chars de 120 mm et des munitions de canon de 30 et 35 mm. Ces livraisons sont destinées en grande partie à d’autres États membres de l’Union européenne, via le programme SAFE. ZVS Holding appartient à parts égales à l’État slovaque et au groupe CSG.
Ce que change l’instrument SAFE
SAFE est un mécanisme financier européen destiné à renforcer les capacités de défense des États membres. Toujours selon Militarnyi, les pays peuvent emprunter à 1 % par an, sur des durées allant jusqu’à 40 ans. La Slovaquie prévoit d’y mobiliser 2,3 milliards d’euros. Un accord-cadre ne garantit pas les commandes, mais il fixe un cadre dans lequel les États peuvent acheter rapidement.
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Une nouvelle usine franco-slovaque à l’est du pays #
La France est directement partie prenante. En mars 2026, ZVS Holding et le groupe français Eurenco ont signé, au ministère slovaque de la Défense, un protocole d’accord pour créer une coentreprise. D’après Defence Industry Europe, l’usine sera implantée à Strážske, dans l’est de la Slovaquie.
Elle doit produire chaque année plusieurs centaines de milliers de systèmes de charges propulsives modulaires, les charges qui propulsent les obus d’artillerie. L’investissement est estimé à environ 300 millions d’euros, pour une mise en service prévue en 2028. Le ministre slovaque de la Défense, Robert Kaliňák, évoque la création de centaines d’emplois qualifiés. Eurenco présente cette coentreprise comme une nouvelle étape clé pour la souveraineté européenne.
Bratislava et Varsovie resserrent les liens #
La dynamique dépasse les seules entreprises. Début septembre, la Slovaquie et la Pologne ont signé une déclaration d’intention pour coopérer dans le cadre de SAFE, rapporte Radio Slovaquie Internationale. Les domaines visés sont la sécurité et l’industrie de défense, en particulier la production de munitions et la défense contre les drones.
À cette occasion, le ministre polonais Władysław Kosiniak-Kamysz a salué les capacités industrielles slovaques, notamment pour les munitions de 155 millimètres. Robert Kaliňák a, lui, qualifié la Pologne de « leader européen de la modernisation militaire ».
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Un pari économique qui pose aussi des questions #
Pour la Slovaquie, très dépendante de l’automobile, la défense offre un relais de croissance et des emplois industriels dans des régions parfois en difficulté. L’arrivée de capitaux européens et de partenaires comme Eurenco renforce cette diversification.
Mais ce modèle dépend d’une demande liée à un conflit et à des budgets publics. Les montants des accords-cadres sont des plafonds, pas des commandes fermes, et les livraisons réelles dépendront des achats des États. La question de la durabilité de ce boom, une fois la pression de la guerre retombée, reste entière.
Pour l’Europe, l’enjeu est clair : produire davantage sur son sol plutôt que d’acheter à l’extérieur. La Slovaquie en est devenue l’un des laboratoires les plus visibles.
Questions fréquentes #
Qui produit des munitions en Slovaquie ?
Le groupe tchèque CSG, notamment via ZVS Holding, détenue à parts égales par CSG et l’État slovaque.
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Les 58 milliards d’euros sont-ils des commandes fermes ?
Non. Il s’agit du volume maximal d’un accord-cadre sur sept ans, et non de commandes déjà passées.
Quel rôle joue la France ?
Le groupe français Eurenco s’associe à ZVS Holding pour une usine de charges d’artillerie à Strážske, prévue pour 2028.




