Donald Trump a menacé vendredi 24 juillet l’Union européenne de nouveaux droits de douane et annoncé l’ouverture d’une enquête commerciale américaine, en riposte à l’amende de 890 millions d’euros infligée la veille à Google par la Commission européenne — la toute première sanction prononcée au titre du DMA, le règlement européen sur les marchés numériques. Sur son réseau social, le président américain a prévenu que l’UE « paiera un très lourd prix pour cette conduite illégale et hautement contraire à l’éthique », accusant Bruxelles de « voler » les entreprises américaines.
- Jeudi 23 juillet, Bruxelles a sanctionné Google à hauteur de 890 millions d’euros : 460 millions pour l’auto-favoritisme dans Google Search, 430 millions pour les restrictions imposées aux développeurs du Play Store.
- C’est la première amende jamais prononcée au titre du Digital Markets Act (DMA), en application depuis mars 2024.
- Vendredi 24 juillet, Donald Trump a menacé l’UE de nouveaux droits de douane et annoncé une enquête commerciale sur les pratiques européennes.
- Google conteste la décision et affirme qu’elle « dégradera des services appréciés des internautes ».
Une amende de 890 millions d’euros, première historique du DMA #
Jeudi 23 juillet, la Commission européenne a annoncé une amende globale de 890 millions d’euros contre Google, pour des manquements dans la recherche en ligne et dans son magasin d’applications Google Play. C’est la première fois que Bruxelles sanctionne une entreprise au titre du DMA (Digital Markets Act, ou règlement sur les marchés numériques), le texte en application depuis mars 2024 qui impose des obligations spécifiques aux « contrôleurs d’accès » — les plateformes incontournables comme Google, Apple ou Meta.
Dans le détail, deux volets sont en cause :
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- 460 millions d’euros pour avoir favorisé ses propres services (comparateurs shopping, hôtels, transports, résultats sportifs) dans Google Search, au détriment des comparateurs concurrents relégués plus bas dans la page de résultats ;
- 430 millions d’euros pour des pratiques dites d’« anti-steering » dans le Play Store : empêcher les développeurs d’applications d’orienter les utilisateurs vers des offres moins chères en dehors de la boutique.
Les deux volets de la sanction
| Volet | Montant | Pratique reprochée |
|---|---|---|
| Google Search | 460 millions d’euros | Auto-favoritisme : mise en avant des services maison (shopping, hôtels, transports, sport) face aux comparateurs concurrents |
| Google Play Store | 430 millions d’euros | « Anti-steering » : restrictions empêchant les développeurs d’indiquer des offres moins chères hors de la boutique |
Google critique vivement la décision : le groupe affirme qu’elle « dégradera des services appréciés des internautes » et défend la qualité de ses résultats. Un recours devant la justice européenne est jugé probable par plusieurs médias, mais n’était pas confirmé ce dimanche matin. Pour les connaisseurs du dossier, l’enjeu dépasse le montant : le DMA prévoit, en cas de non-conformité persistante, des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial d’un contrôleur d’accès, et jusqu’à 20 % en cas de récidive.
La riposte de Trump : « un très lourd prix » #
La réaction américaine est tombée dès le lendemain. Sur son réseau social, Donald Trump a écrit que l’Union européenne « paiera un très lourd prix pour cette conduite illégale et hautement contraire à l’éthique, contre laquelle je les ai constamment mis en garde ». Le président accuse Bruxelles de « voler » (« robbing ») les entreprises américaines — et, à travers elles, « le contribuable américain » — via les amendes visant les géants de la tech.
Concrètement, Washington brandit deux armes : l’imposition de nouveaux droits de douane sur les produits européens, qualifiés de « substantiels » par le président, et l’ouverture d’une enquête commerciale destinée à documenter le préjudice supposé causé aux entreprises américaines pour justifier d’éventuelles représailles.
Quelles conséquences possibles pour la France et l’Europe ? #
Aucune liste de produits visés n’a été publiée à ce stade : la menace reste, pour l’instant, verbale. Mais les précédents invitent à la prudence. En 2018, les surtaxes américaines de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium avaient déclenché des contre-mesures européennes sur des produits emblématiques américains, comme le bourbon ou les motos. Et l’accord commercial conclu entre Washington et Bruxelles en juillet 2025 en Écosse, qui plafonne à 15 % les droits sur la quasi-totalité des biens européens (automobiles comprises), pourrait être fragilisé si l’escalade se confirmait.
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Pour l’économie française, une nouvelle vague de surtaxes à l’entrée du marché américain toucherait d’abord les secteurs exportateurs — aéronautique, luxe, vins et spiritueux, agroalimentaire figurent traditionnellement parmi les cibles des contentieux transatlantiques. À ce stade, tout scénario chiffré serait spéculatif : l’issue dépendra de l’enquête américaine et de la réponse de Bruxelles, qui dispose de ses propres instruments de contre-mesures.
Et pour l’utilisateur français de Google, ça change quoi ? #
Derrière le bras de fer diplomatique, la décision européenne vise le quotidien numérique de millions de Français :
- dans Google Search, la fin de l’auto-favoritisme doit donner plus de visibilité aux comparateurs indépendants (voyages, hôtels, shopping), donc potentiellement plus de choix et de meilleures offres dans les résultats ;
- sur le Play Store, la fin des clauses d’« anti-steering » doit permettre aux applications d’indiquer clairement qu’un abonnement est moins cher sur leur site web que via la boutique de Google, où s’applique la commission du magasin.
Ces effets restent conditionnés à la mise en conformité effective de Google et au suivi de la Commission. Google, de son côté, soutient que ces obligations dégraderont l’expérience de services très utilisés, sans détailler lesquels.
Un bras de fer UE-GAFAM qui dure depuis 2017 #
Cette amende ne sort pas de nulle part. Entre 2017 et 2019, Bruxelles avait déjà infligé à Google plus de 8 milliards d’euros d’amendes antitrust cumulées, dont 4,34 milliards dans le dossier Android en 2018 — sur le fondement du droit classique de la concurrence. Le DMA change la logique : plutôt que de sanctionner les abus après des années d’enquête, il impose des obligations en amont aux grandes plateformes. L’affaire Google est donc perçue de part et d’autre de l’Atlantique comme un test grandeur nature de la capacité de l’UE à faire respecter ce nouveau cadre, y compris sous pression américaine.
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Les prochaines étapes #
- Côté Google : mise en conformité exigée par Bruxelles, et recours possible devant les juridictions européennes — une procédure qui prendrait des années.
- Côté Washington : l’enquête commerciale annoncée devra préciser son cadre juridique et ses cibles avant toute surtaxe effective.
- Côté Bruxelles : la Commission défend la légitimité du DMA et rappelle que ses règles s’appliquent à toute entreprise opérant en Europe, quelle que soit sa nationalité.
Questions fréquentes #
Pourquoi cette amende contre Google est-elle une première ?
C’est la première sanction financière jamais prononcée au titre du DMA (Digital Markets Act), le règlement européen sur les marchés numériques en application depuis mars 2024. Google avait déjà été condamné à plus de 8 milliards d’euros d’amendes entre 2017 et 2019, mais sur le fondement du droit classique de la concurrence, pas du DMA.
Trump peut-il vraiment imposer de nouveaux droits de douane à l’UE ?
Le droit commercial américain donne au président des marges de manœuvre pour ouvrir des enquêtes et imposer des surtaxes s’il estime qu’un partenaire adopte des pratiques déloyales. Une hausse effective dépendra toutefois du résultat de l’enquête annoncée, et de la réponse européenne : l’UE dispose de ses propres contre-mesures, et un accord conclu en juillet 2025 plafonne actuellement la plupart des droits à 15 %.
Qu’est-ce que le DMA change pour les utilisateurs français ?
Le DMA impose aux grandes plateformes des obligations concrètes : ne plus favoriser leurs propres services dans les résultats de recherche, et laisser les applications indiquer des offres moins chères en dehors des boutiques officielles. Si Google se met en conformité, les comparateurs indépendants devraient gagner en visibilité et certains abonnements pourraient être proposés moins cher hors Play Store.
À retenir #
Deux logiques s’affrontent : une Union européenne qui applique pour la première fois son DMA à Google — 890 millions d’euros pour auto-favoritisme dans Search et restrictions dans le Play Store — et une administration Trump qui répond par la menace de droits de douane et une enquête commerciale. Les prochaines semaines diront si l’escalade débouche sur des surtaxes réelles visant les exportations européennes, dont les françaises, ou sur un compromis. Pour l’utilisateur, les effets du DMA — comparateurs plus visibles, offres hors Play Store — dépendront de la mise en conformité effective de Google.
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Plan de l'article
- Une amende de 890 millions d’euros, première historique du DMA
- La riposte de Trump : « un très lourd prix »
- Quelles conséquences possibles pour la France et l’Europe ?
- Et pour l’utilisateur français de Google, ça change quoi ?
- Un bras de fer UE-GAFAM qui dure depuis 2017
- Les prochaines étapes
- Questions fréquentes
- À retenir