Détroit d’Ormuz : Washington frappe trois pétroliers iraniens, Téhéran riposte, le détroit reste fermé

Au 6 septembre 2026, le détroit d’Ormuz reste fermé au trafic commercial régulier, et la confrontation a changé d’échelle : le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé samedi 5 septembre avoir frappé trois pétroliers iraniens — au large de l’île de Kharg, près de Jask et en golfe d’Oman —, en représailles à des tirs de missiles balistiques des Gardiens de la révolution contre deux navires de guerre américains. Quelques heures plus tard, les Gardiens ont affirmé avoir visé six navires en retour, dont trois « affiliés » aux États-Unis, et le commandement iranien Khatam al-Anbiya a menacé de frappes « plus dures » contre les bâtiments militaires américains de la région. Le protocole d’accord de 60 jours entre Washington et Téhéran, expiré le 17 août sans prolongation, reste lettre morte.

En bref #

  • Frappes américaines du 5 septembre : le Centcom dit avoir frappé les pétroliers iraniens M/T Downy (au large de l’île de Kharg), M/T Stark 1 (près de Jask) et M/T Kylo (golfe d’Oman) — deux « neutralisés de manière permanente », un « complètement détruit ».
  • Riposte iranienne quelques heures plus tard : les Gardiens de la révolution affirment avoir visé six navires, dont trois « affiliés » aux États-Unis, et menacent de frappes « plus dures » contre les bâtiments militaires américains. Le Centcom n’a pas confirmé ces attaques.
  • Aucune victime rapportée à ce stade, de part et d’autre : pas de blessé américain selon le Centcom, et Téhéran n’a publié aucun bilan pour les équipages des pétroliers.
  • Le détroit reste fermé au trafic commercial régulier au 6 septembre. Dernière donnée IMF PortWatch : 6 transits le 30 août, contre 75 à 85 par jour avant la crise selon la référence retenue ; le traqueur privé straits.live décompte un 189e jour de fermeture.
  • Le Brent est monté autour de 96 dollars : clôture à 95,63 dollars le 2 septembre, pic en séance à 99,38 dollars le 3, dernier règlement relevé à 96,28 dollars — environ un tiers au-dessus du niveau d’avant-crise.

Ce qui s’est passé le 5 septembre : frappes croisées sur les pétroliers #

1. Le Centcom frappe trois pétroliers iraniens

Samedi 5 septembre au soir, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient a annoncé avoir frappé trois pétroliers iraniens : le M/T Downy au large de l’île de Kharg — principal terminal pétrolier de l’Iran dans le Golfe —, le M/T Stark 1 près de la ville portuaire de Jask, à la sortie du détroit, et le M/T Kylo en golfe d’Oman. Selon le Centcom, deux de ces navires ont été « neutralisés de manière permanente » et le troisième « complètement détruit ». La dépêche AFP, reprise notamment par actu.orange.fr et La Presse, ventile ces sorts navire par navire — mais les rédactions ne les attribuent pas toutes aux mêmes bateaux. Fidèles à notre méthode, nous donnons donc le bilan global du Centcom sans l’attribuer navire par navire.

Washington présente ces frappes comme des représailles : les Gardiens de la révolution avaient tiré des missiles balistiques vers deux navires de guerre américains — un porte-avions et un destroyer, selon la dépêche AFP — qui patrouillaient dans les eaux de la région. Les tirs ont été déjoués et aucun militaire américain n’a été blessé. L’amiral Brad Cooper, chef du Centcom, a résumé la logique : « Le message envoyé aux Gardiens de la révolution est parfaitement clair : si vous tirez sur deux de nos navires, nous vous imposerons un coût économique encore plus élevé. »

2. Équipages : ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas

Selon la dépêche AFP, l’équipage d’au moins un des trois pétroliers, le M/T Kylo, avait été évacué avant la frappe. À notre relevé du 6 septembre au matin, aucune victime n’avait été rapportée : pas de blessé côté américain selon le Centcom, et Téhéran — qui a dénoncé, par sa diplomatie, des attaques contre sa flotte de commerce contraires au droit international — n’avait publié aucun bilan humain pour les équipages. Ce silence ne vaut pas absence de victimes : nous mettrons cette section à jour si un bilan est publié.

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3. La riposte des Gardiens : six navires revendiqués, aucun confirmé

Quelques heures après l’annonce américaine, les Gardiens de la révolution ont affirmé sur Telegram avoir pris pour cible « trois pétroliers empruntant la voie non autorisée du détroit d’Ormuz », ainsi que trois navires « affiliés » aux États-Unis — six navires au total, comme l’ont rapporté L’Avenir et CNews. Le Centcom n’a pas confirmé ces attaques, et aucun armateur n’avait signalé de navire touché à notre relevé. Le commandement central interarmées iranien Khatam al-Anbiya a par ailleurs prévenu qu’en cas de poursuite des hostilités, les frappes iraniennes « contre les bâtiments militaires américains dans la région seront plus dures qu’auparavant et pourraient s’étendre ».

Ce qui s’est passé le 17 août : trois faits, une seule journée #

1. Le protocole de 60 jours a expiré, et Washington refuse de le prolonger

Le mémorandum d’entente en 14 points signé le 17 juin par Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian courait sur 60 jours. Il est arrivé à échéance le lundi 17 août, comme l’ont rapporté RFI et Le Grand Continent le jour même. Le liveblog d’Al Jazeera du 18 août précise que le président américain « is not seeking an extension of the memorandum of understanding (MoU) with Iran, which expired on Monday » — qu’il ne cherche pas à prolonger le mémorandum, arrivé à expiration lundi — et qu’il estime que Téhéran devrait « put up the white flag of surrender », hisser le drapeau blanc de la reddition.

Trump a par ailleurs déclaré, dans une formule rapportée en français par l’agence Anadolu : « Ils veulent conclure un accord, mais ils ne vont pas conclure le genre d’accord que j’estime nécessaire. » Reuters et L’Orient-Le Jour ont rapporté la même déclaration le 17 août au soir.

2. La menace américaine sur Oman — et pourquoi nous ne citons pas la phrase

Lors d’un échange avec Fox News — un appel avec le correspondant en chef à l’étranger de la chaîne, Trey Yingst, selon Le Grand Continent et le Times of Israel —, Donald Trump a menacé de bombarder Oman, allié de longue date de Washington et médiateur historique entre les États-Unis et l’Iran, si le sultanat se mettait en travers d’un accord sur le détroit. Le fait est massivement recoupé : BBC, Reuters, Associated Press, WSJ, NBC, CBS, Le Monde, franceinfo, Libération, TF1 Info, Ouest-France, Anadolu et le Times of Israel l’ont tous rapporté le 17 août.

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Le verbatim, lui, ne se recoupe pas. Les rédactions anglophones citent deux versions différentes de la même phrase : « we’ll bomb the s–t out of them » pour le New York Post, The Hill et Le Grand Continent ; « we’re going to bomb the hell out of them » pour le Times of Israel. Seule la condition est identique partout : « if they get in the way », s’ils se mettent en travers. Les traductions françaises divergent en conséquence — « la gueule » chez Libération et Le Parisien, « la tronche » chez TF1 Info, « comme jamais » chez Paris Match, « massivement » chez Anadolu. Choisir l’une de ces versions reviendrait à fabriquer une citation. Nous ne le faisons pas : la menace est établie, sa formulation exacte ne l’est pas.

Trump a également jugé qu’Oman « ne s’est pas bien comporté », tout en assurant que Washington gérerait la situation facilement. Il a aussi affirmé à Fox News disposer d’un canal de discussion direct avec les Gardiens de la révolution : « Nous avons un canal parallèle avec le CGRI. Nous parlons directement avec ses responsables en Iran », selon la traduction d’Anadolu, un canal qui passerait par le Qatar, le Pakistan et Oman. Le CGRI a démenti, comme le note Al Jazeera. Là encore, nous ne tranchons pas.

3. L’accord irano-omanais existe — et ne rouvre pas le détroit

Téhéran a annoncé être parvenu à un accord avec Oman sur la feuille de route de la navigation dans le détroit. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baghaei, a déclaré selon i24NEWS qu’« un accord a été trouvé concernant la carte de la route de transit » : une voie d’entrée longeant les côtes iraniennes, une voie de sortie longeant Oman, et une circulation sans droits de passage ni péages pendant une période transitoire.

Trois réserves, toutes documentées. D’abord, il s’agit d’un accord de principe : les modalités restaient à finaliser avant un communiqué commun, et une dépêche d’agence du 17 août parlait encore d’un Iran « s’efforçant de finaliser une déclaration » avec Mascate. Ensuite, l’accord ne vaut pas réouverture : Washington conditionne la levée de son blocus des ports iraniens à un accord qu’il juge acceptable, et Téhéran conditionne la reprise du trafic à la satisfaction de ses propres exigences. Enfin, ce n’est pas la première fois : l’Iran avait déjà annoncé un accord sur un nouveau tracé le 5 août. C’est exactement le découplage que la diplomatie iranienne assumait début août — l’accord omanais est présenté comme nécessaire, pas suffisant.

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Reuters rapportait par ailleurs le 17 août que l’Iran menaçait de passer à l’offensive dans le détroit en cas d’échec de la diplomatie. Cette information n’est portée que par cette agence à notre relevé : nous la donnons pour ce qu’elle est, une dépêche attribuée.

Ce que ça change concrètement #

Le Koweït, premier pays étranglé

C’est l’effet le plus net, et il est chiffré. Le PDG de la Kuwait Petroleum Company, cheikh Nawaf Saud al-Sabah, déclarait à l’AFP le 14 août qu’il s’agit « sans aucun doute de la crise la plus grave qu’ait connue le secteur pétrolier depuis l’invasion du pays par l’Irak en 1990 ». La phrase est de lui, pas des médias qui l’ont reprise en titre : c’est une citation attribuée, et sa portée est le secteur pétrolier, pas le pays entier.

Les ordres de grandeur, repris de la même dépêche AFP par le Times of Israel et BFM : le pétrole fournit plus de 90 % des recettes publiques koweïtiennes, le PIB a reculé de 4,6 % sur un an au premier trimestre 2026 et les revenus pétroliers de 12,5 %, pour une production d’avant-guerre d’un peu plus de 2,6 millions de barils par jour. Contrairement à l’Arabie saoudite et aux Émirats, le Koweït n’a pas d’accès maritime alternatif : tout sort par Ormuz.

Les navires attaqués, et ce que l’on ne sait pas

Les 14 et 15 août, trois pétroliers émiratis ont été attaqués en près de vingt-quatre heures, dont un de la compagnie Adnoc — fait rapporté séparément par Le Monde, Le Figaro et Sud Ouest le 15 août. Les Émirats arabes unis accusent l’Iran, qui n’a pas reconnu ces attaques. L’attribution n’est donc pas établie, et nous l’écrivons ainsi plutôt que de reprendre les titres qui l’affirment. Les attaques se poursuivaient en mer Rouge comme dans le détroit à la mi-août.

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Une marée noire sur les côtes d’Oman

Conséquence rarement reliée au dossier : un pétrolier de la flotte fantôme russe échoué au large d’Oman a provoqué une marée noire évaluée à environ 400 km² par Les Echos le 10 août, qui a atteint les côtes du sultanat les 12 et 13 août et menace une réserve naturelle. L’information a été rapportée par Les Echos, Le Monde, BFM, TV5 Monde, RFI, 20 Minutes et Le Devoir, et confirmée par imagerie satellite. Sur ce que recouvre exactement cette flotte et pourquoi elle échappe aux contrôles, voir notre article : la flotte fantôme russe, qu’est-ce que c’est.

Et pourtant, le pétrole continue de couler

C’est le point contre-intuitif, et il compte autant que le reste : le blocage n’est pas un arrêt total. Les Echos titraient le 16 août « malgré les attaques, le pétrole continue de couler ». Le brut sort par des routes qui évitent le détroit — oléoducs saoudiens vers la mer Rouge, oléoduc émirati vers Fujairah, projets d’export irakiens multipliés depuis le blocage — et une dépêche Reuters du 17 août, citant des sources non nommées, indiquait que Saudi Aramco proposait à certains raffineurs asiatiques du brut livré hors d’Ormuz. La Chine a même envoyé un premier porte-conteneurs vers l’Europe par la route arctique.

Le chiffre de transit lui-même doit être lu avec précaution, et nous sommes allés le chercher à la source. IMF PortWatch est l’observatoire du trafic maritime mondial du Fonds monétaire international : il publie, chokepoint par chokepoint, le nombre de navires franchissant chaque jour le passage, à partir des signaux AIS. Nous avons interrogé directement sa base de données ouverte. Voici ce qu’elle donne pour Ormuz :

PériodeTransits par jour (moyenne)Part du niveau normal
Année 2025 (référence d’avant-crise)75,2100 %
1er janvier – 27 février 2026 (avant les frappes)63,084 %
Mars 2026 (après la fermeture)2,84 %
Juillet 20268,411 %
1er – 9 août 2026 (dernières données publiées)4,05 %

Deux enseignements. D’abord, la bascule de fin février est visible dans la donnée du FMI elle-même : on passe de 69,9 transits par jour en février à 2,8 en mars. Ensuite, le trafic n’est jamais complètement retombé à zéro — il oscille entre 3 et 11 % du normal depuis mars, avec un rebond en juin, au moment du mémorandum. Le détroit n’est pas un mur : c’est un robinet presque fermé.

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Deux réserves de méthode, enfin. PortWatch publie avec un décalage d’environ une semaine : au 18 août, la dernière journée disponible était le 9 août. Et ces chiffres ne comptent que les navires qui émettent en AIS : le traqueur privé straits.live relevait 74 pétroliers ayant éteint leur transpondeur en vingt-quatre heures et avertissait que « true flow may run higher than the figure above », le flux réel peut dépasser le chiffre publié. Retenez la tendance, pas le chiffre isolé.

Une précision sur nos sources chiffrées. Les comptages de transits ci-dessus viennent de la base ouverte d’IMF PortWatch (FMI), que nous avons interrogée directement. Le décompte « 170e jour de fermeture », lui, provient de straits.live, un traqueur privé qui relaie PortWatch, les circulaires du Lloyd’s Joint War Committee et des données AIS. Ce site ne publie pas d’ours et compose une partie de ses synthèses automatiquement : nous avons vérifié que son relais des chiffres PortWatch est exact, mais son décompte de jours n’a aucun caractère officiel et nous ne le donnons qu’à titre indicatif.

Ce que Trump avait annoncé le 2 août, mot pour mot #

Le message avait été publié sur Truth Social tard dans la soirée du samedi 1er août, heure de la côte est américaine — les premières heures du dimanche 2 août en France ; NPR, reprenant la dépêche de l’Associated Press, l’a mis en ligne le 2 août à 03h34 heure de l’Est. Donald Trump y écrivait que les États-Unis étaient « locked and loaded and ready to go against the Islamic Republic of Iran » — armés et prêts à frapper la République islamique d’Iran — mais qu’il avait accepté d’annuler l’attaque, « subject to being able to rapidly make a DEAL », à condition de pouvoir conclure rapidement un accord. Celui-ci devait inclure « the Immediate, Complete, and Total OPENING OF THE HORMUZ STRAIT, and an end to Iran’s nuclear threat » : l’ouverture immédiate, complète et totale du détroit d’Ormuz, et la fin de la menace nucléaire iranienne.

Il justifiait ce report en expliquant que l’Iran et d’autres pays du Moyen-Orient avaient demandé aux États-Unis « to hold off any attack » (de suspendre toute attaque) parce que « the perimeters of a deal has been agreed to » — les contours d’un accord auraient été agréés. Israël, écrivait-il, s’associait à cet engagement. La veille, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane l’avait exhorté à « prioritise dialogue » (donner la priorité au dialogue), selon l’agence de presse d’État saoudienne. Deux semaines plus tard, cette ouverture n’a pas eu lieu.

Le point que les résumés avaient effacé : Téhéran a démenti #

Quelques heures après l’annonce du 2 août, l’agence semi-officielle iranienne Mehr, citant des responsables militaires non nommés, avait démenti que l’Iran ait demandé quoi que ce soit à Washington : l’affirmation n’était « nothing but a new lie » — rien d’autre qu’un nouveau mensonge —, les forces armées restant « on high alert », en alerte maximale. Démenti rapporté par le Times of Israel, article publié le 2 août à 11h53 UTC. Aucune réponse officielle du gouvernement iranien n’a été publiée sur ce point. Nous ne tranchons pas.

Le découplage que fait Téhéran entre l’accord omanais et la réouverture #

Ce raisonnement, formulé début août, est celui qui explique le mieux la situation du 18 août. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait indiqué le 2 août sur Telegram que les négociations avec Mascate étaient « on the way to being finalised » — en voie de finalisation. Le porte-parole du ministère, Esmail Baghaei, avait précisé à la télévision d’État viser « a route acceptable to both sides – neither the northern route nor the southern route » : une route acceptable pour les deux parties, ni celle du nord ni celle du sud.

Et surtout cette phrase, rapportée par Al Jazeera (article publié le 2 août à 19h08 UTC) d’après l’agence iranienne Fars : une entente avec Oman sur une nouvelle route « has nothing to do with whether the Strait of Hormuz is reopened or remains closed » — n’a rien à voir avec le fait que le détroit rouvre ou reste fermé. Baghaei imputait la fermeture au manquement des États-Unis à leurs engagements et à leur blocus naval.

Là où Trump annonçait une ouverture « immédiate, complète et totale », Téhéran présentait l’accord omanais comme une condition nécessaire mais non suffisante. Seize jours plus tard, c’est la lecture iranienne que les faits ont suivie : l’accord sur le tracé progresse, le détroit reste fermé.

Les réouvertures annoncées, et ce qu’elles ont donné #

Date Ce qui a été annoncé Ce qui s’est réellement passé
28 février 2026 Frappes américaines et israéliennes sur l’Iran. Le détroit se ferme dans la foulée. Date de bascule discutée : début mars selon l’annonce de contrôle des Gardiens de la révolution, 1er mars selon straits.live.
8 avril 2026 1re annonce. Cessez-le-feu de deux semaines, l’Iran accepte le passage sécurisé et la réouverture. Les négociations échouent. Le 13 avril, la marine américaine impose son propre blocus des ports iraniens. Le détroit ne rouvre pas.
17 juin 2026 2e annonce. Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian signent un mémorandum d’entente en 14 points « pour mettre fin à la guerre et aux blocus du détroit », valable 60 jours. Trois jours après, le 20 juin, l’armée iranienne redéclare le détroit fermé en invoquant les frappes israéliennes au Liban — quand la diplomatie iranienne affirmait le même jour que la navigation était « normale ».
23 juillet 2026 10 navires franchissent le détroit sur la journée, contre une base d’environ 88 par jour retenue à ce relevé, soit 11 % du trafic normal.
2-3 août 2026 3e annonce. L’ouverture « immédiate, complète et totale ». Le détroit reste fermé au trafic commercial : 155e jour de fermeture au 3 août à 01h47 UTC selon straits.live.
5 août 2026 L’Iran dit avoir trouvé un accord avec Oman sur un nouveau tracé. Aucune réouverture. Téhéran maintient que l’accord omanais et la réouverture sont deux dossiers distincts.
10-13 août 2026 Un pétrolier de la flotte fantôme russe échoué provoque une marée noire d’environ 400 km² qui atteint les côtes d’Oman.
14 août 2026 Trump annonce qu’il proclamera le détroit « territoire des États-Unis » après la guerre. Téhéran réplique que le détroit restera iranien. Les rédactions divergent sur le registre : franceinfo titre « Plaisanterie ou menace réelle ? », La Tribune écrit que Trump « plaisante ». Aucun acte n’a suivi.
14-15 août 2026 Trois pétroliers émiratis attaqués en près de 24 h, dont un de l’Adnoc. Les Émirats accusent l’Iran ; l’attribution n’est pas établie.
17 août 2026 Fin du protocole de 60 jours. Téhéran annonce un accord avec Oman sur le tracé de transit. Trump exclut toute prolongation, appelle l’Iran à se rendre et menace de bombarder Oman. La déclaration conjointe irano-omanaise n’est pas finalisée. Le détroit reste fermé.
18 août 2026 Le détroit reste fermé. Dernières données IMF PortWatch : 4,0 transits par jour du 1er au 9 août, contre 75,2 par jour en moyenne en 2025. Le traqueur privé straits.live affiche, lui, un 170e jour de fermeture — un décompte non officiel.
5 septembre 2026 Escalade directe. Le Centcom annonce avoir frappé trois pétroliers iraniens (Downy, Stark 1, Kylo) après des tirs de missiles balistiques des Gardiens de la révolution vers deux navires de guerre américains. Les Gardiens revendiquent en riposte des attaques contre six navires, dont trois « affiliés » aux États-Unis, et menacent de frappes « plus dures ». Aucune victime rapportée de part et d’autre. Le détroit ne rouvre pas.
6 septembre 2026 Le détroit reste fermé au trafic commercial régulier. Dernière donnée IMF PortWatch : 6 transits le 30 août. Le traqueur privé straits.live affiche un 189e jour de fermeture — décompte non officiel — et relève une assurance risque de guerre à environ 40 fois son niveau d’avant-crise.

Deux détails du mémorandum de juin expliquent le blocage : selon le Council on Foreign Relations (8 juillet 2026), il n’engageait l’Iran à laisser passer les navires sans péage que 60 jours ; et les deux capitales l’ont lu différemment, Washington y voyant l’ouverture du corridor sud, Téhéran le maintien de ses forces armées comme maîtresses du passage. Ce sont ces 60 jours qui ont expiré le 17 août.

Ce que ça change pour le carburant en France #

Environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole transite normalement par Ormuz : d’où la sensibilité des marchés à chaque épisode. Sur la géographie de ce goulet, les volumes en jeu et le mécanisme par lequel il se transmet aux prix à la pompe, nous avons publié un explicatif détaillé : pourquoi ce couloir de 3,7 km paralyse le Golfe et fait flamber le pétrole. Et la tendance s’est inversée depuis début août. Dans la nuit du 2 au 3 août, l’annonce de Trump avait fait reculer le brut d’environ 5 %. Au 18 août à 01h40 UTC, le Brent s’échangeait à 91,15 dollars sur le contrat à terme relevé chez Yahoo Finance, et 91,08 dollars au relevé de straits.live à 01h44 UTC — deux sources indépendantes qui concordent —, soit environ 26 % au-dessus du niveau d’avant-crise, estimé autour de 72 dollars. Le WTI américain se traitait à 84,93 dollars (Yahoo Finance) contre 84,96 chez straits.live. Wall Street a d’ailleurs terminé en baisse le 17 août après les nouvelles tensions dans le détroit.

Le coût du risque, lui, est spectaculaire : straits.live estime l’assurance risque de guerre d’un supertanker à environ 10 millions de dollars par passage, soit près de 30 fois le niveau d’avant-crise, six clubs P&I ayant retiré leur couverture. C’est ce poste, plus que le blocage physique, qui ferme le détroit au commerce.

Cette hausse ne se répercutera pas à la pompe cette semaine. Un cours de baril met plusieurs semaines à atteindre les prix de détail, dans un sens comme dans l’autre. Ce qui bouge réellement à la pompe relève d’une autre actualité : le plafond volontaire à 1,99 €/L sur autoroute a basculé début août, avec 26 centimes de hausse sur le seul gazole, et l’écart autoroute / hors autoroute reste le premier levier d’économie. Ces mouvements tarifaires sont domestiques : ils ne dépendent pas d’Ormuz.

Et maintenant #

Après les frappes croisées du 5 septembre, il n’existe toujours aucun calendrier public de négociation entre Washington et Téhéran, et chaque camp promet de durcir le coût pour l’autre : « coût économique encore plus élevé » côté américain, frappes « plus dures qu’auparavant » contre les bâtiments militaires américains côté iranien. Trois choses sont à surveiller : la matérialisation — ou non — des attaques revendiquées par les Gardiens contre six navires, que le Centcom n’a pas confirmées ; la publication d’un éventuel bilan humain pour les équipages des pétroliers frappés ; et le prochain relevé de transits d’IMF PortWatch, qui dira si le trafic résiduel se maintient. Nous mettrons cette page à jour.

À lire aussi : ce que dit l’accord annoncé par Trump sur le désarmement du Hamas, et ce qu’Israël n’a pas approuvé.

Questions fréquentes #

Le détroit d’Ormuz est-il ouvert ou fermé aujourd’hui ?

Fermé. Au 6 septembre 2026, le détroit d’Ormuz reste fermé au trafic commercial régulier : aucune source officielle américaine, iranienne ou omanaise ne confirme de réouverture. La dernière donnée publiée par IMF PortWatch, l’observatoire du trafic maritime du Fonds monétaire international, fait état de 6 transits le 30 août 2026, contre 75 à 85 par jour avant la crise selon la référence retenue. Le traqueur privé straits.live décomptait, au 6 septembre, un 189e jour de fermeture.

Que s’est-il passé le 5 septembre 2026 dans le détroit d’Ormuz ?

Le commandement militaire américain (Centcom) a annoncé avoir frappé trois pétroliers iraniens — le M/T Downy au large de l’île de Kharg, le M/T Stark 1 près de Jask et le M/T Kylo en golfe d’Oman —, en représailles à des tirs de missiles balistiques des Gardiens de la révolution vers deux navires de guerre américains. Les Gardiens ont riposté en revendiquant des attaques contre six navires, dont trois « affiliés » aux États-Unis, et menacé de frappes « plus dures » contre les bâtiments militaires américains. Aucune victime n’avait été rapportée à notre relevé du 6 septembre.

Qu’est-ce qui a changé le 17 août 2026 ?

Trois choses le même jour. Le protocole d’accord de 60 jours signé le 17 juin entre Washington et Téhéran est arrivé à échéance sans être prolongé. Donald Trump a menacé de bombarder Oman si le sultanat se mettait en travers des négociations. Et il a déclaré que l’Iran n’accepterait pas l’accord qu’il juge nécessaire, appelant Téhéran à se rendre.

L’accord entre l’Iran et Oman rouvre-t-il le détroit ?

Non, pas en lui-même. Téhéran dit avoir trouvé un accord avec Mascate sur le tracé de transit, mais la déclaration conjointe n’était pas finalisée au 18 août. Surtout, l’Iran conditionne la reprise du trafic à la satisfaction de ses exigences, et Washington conditionne la levée de son blocus des ports iraniens à un accord qu’il juge acceptable. C’est la même position qu’en août : l’accord omanais est présenté par Téhéran comme nécessaire, pas comme suffisant.

Le pétrole passe-t-il encore malgré le blocage ?

En partie, oui, et c’est le point que le mot « blocage » fait disparaître. Le brut continue de circuler par des routes qui évitent le détroit : oléoducs saoudiens vers la mer Rouge et émiratis vers Fujairah, projets d’export irakiens, et même un premier porte-conteneurs chinois envoyé vers l’Europe par l’Arctique. Le traqueur straits.live avertit par ailleurs que 74 pétroliers ont éteint leur transpondeur AIS en vingt-quatre heures, et que le flux réel peut donc être supérieur au chiffre publié.

Le prix du carburant va-t-il baisser en France ?

Rien ne le laisse penser à court terme, et l’escalade du 5 septembre pousse dans l’autre sens. Le Brent a clôturé à 95,63 dollars le 2 septembre, touché 99,38 dollars en séance le 3, et son dernier règlement relevé le 6 septembre s’établissait à 96,28 dollars — environ un tiers au-dessus du niveau d’avant-crise. Un cours de brut met de toute façon plusieurs semaines à se répercuter à la pompe.

À retenir #

  • Au 6 septembre 2026, le détroit d’Ormuz est toujours fermé au trafic commercial régulier : 6 transits le 30 août selon IMF PortWatch, contre 75 à 85 par jour avant la crise, et aucune confirmation officielle de réouverture.
  • Le 5 septembre, le Centcom a annoncé avoir frappé trois pétroliers iraniens (Downy, Stark 1, Kylo) ; les Gardiens de la révolution revendiquent en riposte des attaques contre six navires et menacent de frappes « plus dures ». Aucune victime rapportée à ce stade.
  • Le protocole d’accord de 60 jours signé le 17 juin a expiré le 17 août sans prolongation ; Trump appelle l’Iran à se rendre.
  • Trump a menacé de bombarder Oman, son allié et médiateur du dossier. La menace est établie ; sa formulation exacte circule en versions divergentes, y compris en anglais.
  • L’accord iranien avec Oman sur le tracé de transit ne rouvre pas le détroit : il reste présenté par Téhéran comme nécessaire, pas suffisant.
  • Le Koweït est le pays le plus exposé ; mais le pétrole continue de couler par des routes de contournement, et le flux réel est probablement supérieur aux transits mesurés.
  • Le Brent est monté autour de 96 dollars, avec un pic en séance à 99,38 dollars le 3 septembre — environ un tiers au-dessus du niveau d’avant-crise.

Sources : IMF PortWatch (Fonds monétaire international, base Daily Chokepoints Data, transits du détroit d’Ormuz interrogés le 18 août 2026 ; dernière journée publiée : 9 août 2026), Al Jazeera (liveblog du 18 août 2026), RFI (17 août 2026), Le Grand Continent (17 août 2026), Anadolu (17 août 2026), Anadolu (17 août 2026), Times of Israel (17 août 2026), i24NEWS (17 août 2026), Times of Israel / AFP (14 août 2026), straits.live (relevé du 18 août 2026, 01h44 UTC, d’après IMF PortWatch), Reuters, BBC, Associated Press, Le Monde, Le Figaro, Sud Ouest et Les Echos (10-17 août 2026), NPR / Associated Press (2 août 2026), Al Jazeera (2 août 2026), Times of Israel (2 août 2026), CNBC (20 juin 2026), Council on Foreign Relations (8 juillet 2026). Cours du Brent et du WTI relevés le 18 août 2026 à 01h37 UTC sur les contrats à terme (Yahoo Finance), recoupés avec straits.live à 01h44 UTC. Sur l’escalade du 5 septembre 2026 : dépêche AFP via actu.orange.fr (5 septembre 2026), La Presse (5 septembre 2026), CNews (5 septembre 2026), L’Avenir (5 septembre 2026) ; trafic et Brent de septembre : straits.live (relevé du 6 septembre 2026, 02h37 UTC, d’après IMF PortWatch), The Rio Times (3 septembre 2026). Page mise à jour le 6 septembre 2026.

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